L’émergence de l’Être

Les choses nous sont connue par leur contraire : le blanc par le noir, la souffrance par le plaisir, l’orgueil par l’humiliation etc. C’est le contraste qui fait ressortir la présence de chaque chose, de chaque situation, de chaque individu. Et l’être humain est ainsi fait qu’il ne reconnaît jamais avec autant d’acuité la présence d’un être ou d’une chose quand ils lui sont retirés. Nous oublions nos lunettes lorsque nous les avons sur le nez et leur présence ne nous est jamais autant rendue manifeste que lorsqu’elles nous manquent pour lire un article important. L’homme ne voit plus la femme avec qui il a l’habitude de vivre. C’est lorsqu’elle s’en va qu’il pense à elle, qu’il ressent le besoin de sa présence. L’absence révèle la présence.

Cette loi de l’habitude s’applique-t-elle au « je » ? Le sens du « je » est donné à tous les hommes, ce qu’ils attestent par les expressions courantes : « je travaille, je pense, je parle, je fais ceci ou cela, j’aime ou je n’aime pas etc. » L’être humain porte en lui ce sens du « je » d’une façon si habituelle qu’il finit par ne plus y prêter attention. Il est habité par le « je » mais il ne l’habite pas. Il est absent de sa propre présence à laquelle il ne s’éveille que lorsqu’elle menace de le lâcher, en cas de danger physique par exemple.

Ce sens du « je » est éprouvé de façon continue dans notre vie courante, et pourtant il n’est pas permanent. Dans certains états il nous est retiré. Notre trésor, notre être, qui est tout pour nous, est caché. Où et quand a lieu cette retraite de moi ? Pour répondre à cette question il faut plonger son regard dans les trois états pas lesquels tout être humain doit passer : le sommeil, le rêve, la veille. L’étude des caractéristiques différentielles de ces états nous permettra de déceler, dans chacun d’eux, la présence ou l’absence du sentiment « je ».

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